Exposition solo à la galerie Espace 29, 29 rue Fernand Marin, 33000 Bordeaux, du 1er au 15 octobre 2019.

IRIS, parabole post-moderne, 

En proposant de faire dialoguer et résonner entre elles pour la première fois quatre séries de photographies réalisées en 2018 et 2019 – période qu’elle qualifie elle-même comme remplie de doutes et de questionnements -, Claire Baudou révèle la profondeur et l’ampleur inhérente à son œuvre artistique dédiée au portrait. Elle nous immerge dans un questionnement poignant sur l’identité dans nos sociétés post-modernes.

L’exposition intitulée « IRIS » revient au fondement de l’art du portrait. Elle interroge à la fois la solitude existentielle des individus, en présentant des figures isolées, mélancoliques et esseulées, mais également la recherche de distinction, inhérente à des sociétés « du spectacle ». Celle-ci aboutit paradoxalement à un hyper-conformisme et à une relative indifférenciation des silhouettes et des aspirations, au détriment des existences singulières. On chemine alors entre plusieurs séries.

« IRIS », réalisée en studio, joue avec des lumières artificielles flashy, où les modèles prennent la pose dans une esthétique proche de l’univers de la mode ou du cinéma hollywoodien ou asiatique. On devine dans les poses une violence contenue, où les couleurs chatoyantes semblent le miroir aux alouettes d’un aveuglement individuel et collectif. « Je ne suis pas Argus » donne à voir des individus atterrés, perdus, hors d’eux-mêmes, comme prenant conscience de leur identité à la fois floutée, fantomatique et dédoublée, et de leur propre aliénation. Comme devenus étrangers à eux-mêmes, ils semblent en proie à un abattement et une tristesse infinis.

Deux séries en lumière naturelle offrent ensuite une rupture et un point de bascule.

L’œil de Claire Baudou suit le chemin d’Iris, messagère rayonnante des dieux et peut-être guide d’une nouvelle vérité révélée et d’un renouveau spirituel, en nous questionnant : que reste-t-il de nos vies, une fois descendus du podium, les projecteurs éteints, nos « 15 min de célébrité » derrière nous, de retour dans la « vraie » vie ?

Alors que les masques tombent, loin des regards des autres, un moi authentique peut enfin se libérer et s’épanouir. La lumière naturelle magnifie les défauts et sublime les beautés singulières.

 

La série « Aral » présente des figures immergées dans des plans d’eau naturels. Elle renvoie à l’idée d’une (re)naissance, d’un éveil à soi (personnel, professionnel, artistique) par un rite de passage réinventé : « born again » par l’eau qui baptise, qui apaise, clarifie, faire vibrer les corps en symbiose avec l’univers. Dehors, dans un contact intime et doux avec l’environnement (urbain ou naturel), surgissent les identités particulières, enfin apaisées : on peut être librement « Rémi, Louison, Léa, Loïc ; Anouck, Margaux, Guillaume, Mehdi, Tristane, Thomas, Marie, Coralie, Corentin, Carla » ... et Claire. Ici, on peut enfin être soi, se dévoiler, rencontrer l’Autre ; peut-être même faire famille et société.

Marie Campain

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