11 portrait extraits de la série Je ne suis pas (Argus), exposés sur les grilles du Jardin des Dames de la Foi, de janvier à Mars 2019, en partenariat avec le Labo photo (Fabrique Pola).

Tirages 59x99 cm, contrecollés sur aluminium.

Je ne suis pas (argus), 2019

 

Il y a quelque part dans la mythologie grecque, un géant aux cent yeux qu’on appelle Argus Panoptès. Son corps n’est que peau et yeux, disséminés et frissonnants. Il ne porte pas de vêtement. Il voit. Il est celui qui garde, celui qui protège car il ne ferme jamais tous ses yeux à la fois. Il veille. Il veille sur les trésors. Il veille sur les palais et les choses importantes. Il veille sur les amantes qu’on a voulu dérober à la vue des autres. Après qu’on l’ait tué par la ruse, on a transféré ses yeux sur le plumage chamarré d’un oiseau. 

D’abord une mosaïque, 

un prisme, 

des couleurs qui crépitent et qui séduisent, 

des fragments transparents, 

des parois, 

des filtres, 

des cages, 

et derrière, 

ils sont là, 

ils nous regardent, 

ils nous scrutent, 

mais ils ne nous défient pas, 

il y a quelque chose qui les retient, 

qui les soustrait légèrement à notre désir, 

les regards vibrent, 

il n’y a plus de contexte, 

on projette leurs états d’âme, entre eux et nous, 

en tout cas on veut le croire, 

mais peut-être sont-ce eux, 

qui nous jettent des leurres au visage, 

qui brouillent les pistes, 

qui se cachent derrière leurs rideaux, 

et se jouent de nous, 

on ne sait pas qui ils sont, 

on ne sait pas ce qu’ils ont vu, 

ce qu’ils protègent,

ils sont une armée nostalgique et imprévisible.

Grégoire Devidal.

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